Le prologue 'Bibliotheca interpretatur' et la bible pandecte des libraires de Paris (RB-9883)

page créée par Martin Morard, le 28.10.2023

 L’évangéliste Marc copiant un-rouleau dans un codex ©BnF

Témoins :

Repertorium biblicum,9883

Stu48 (244r, finis mutil.) ; voir GLOSSEM

Clm2627  (35v-36r) = München, Bayerische Staatsbibliothek, Clm 2627, s12 4/4, Allemagne, prov. OCist. (Aldersbach)  : recueil de sermons anonymes d’un maître de l’école biblico-pastorale parisienne).

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Plusieurs décennies avant le début de la production des bibles portatives parisiennes, ce prologue anonyme annonce le succès de la révolution du pandecte portatif parisien, mise en évidence par les recherches de Chiara Ruzzier[1]. Il présente non seulement la Bible comme une bibliothèque de livres, ce qui est classique depuis Jérôme et Augustin, mais comme une collection en un seul volume et même, pour le témoin le plus récent, en un seul livre. Ce qui est conforme aux évolutions codicologiques de la Bible dans la première moitié du 13e siècle. Alors que la version la plus ancienne (Clm2627) évoquait encore les livres de l’Ancien et du Nouveau au pluriel (libros) (§1), la version la plus récente (Stu48) écrit librum : « nous appelons bibliothèque le livre de l’Ancien et du Nouveau Testament ».

Ce texte est également important comme témoin de l’ordre des livres de la Bible préconisé par l’enseignement des écoles. Sur ce point, l’ordre diffère de celui qu’on retenu les libraires parisiens pour les bibles portatives à partir des années 1230 sur trois points. Les libraires s’écarteront de l’ordre scolaire sur trois points : 1° introduction de Esdras, Tobias, Iudith, Esther après les Paraliponènes ou Chroniques et avant Job, alors que le prologue les place à la fin de l’Ancien Testament avant les Maccabées, tout comme le fera encore Nicolas de Lyre au 14e siècle ; 2° déplacement des prophètes après les livres sapientiaux, ou “livres de Salomon” selon la terminologie médiévale; cette interversion permettait d’équilibrer la répartition des cahiers de manière à situer le Psautier au centre de la Bible pandecte ; 3° pour le Nouveau Testament : interversion du corpus paulinien et du proxapostolus (Actes des apôtres, épîtres canoniques, Apocalypse), sur le modèle byzantin, de manière à positionner Paul immédiatement après les évangiles et au centre du Nouveau Testament, alors que, de fait mais sans le justifier, Bibliotheca regroupe les textes selon la hiérarchie ecclésiastique de leurs auteurs : d’abord les écrits des évangélistes (Mt. Mc. Lc. Io. Act.), puis ceux des apôtres de première génération (Ep. can. Apc.), enfin seulement les écrits de Paul.

Le plus ancien témoin, Clm2627, le seul que signale Stegmüller, est datable de la fin du 12e siècle ; il se trouve dans un recueil de courts prologues bibliques de type parisiens, copiés par une main germanique (compression latérale, tracé typique de la lettre z minuscule etc. ) dans un recueil factice de facture et de provenance cisterciennes. Nous le collationnons avec un nouveau témoin (Stu48), copié de première main sous la forme d’une sentence de la Glose ordinaire universitaire sur Dt. 34:10 dans un manuscrit parisien du troisième quart du 13e siècle, de type et d’origine parisienne. Il y est cependant tronqué en raison de la perte du dernier feuillet du manuscrit. Sa position à cet endroit se justifie par le fait que le texte biblique affirme qu’après Moyse il n’y eut plus de prophète « tel que Moyse » en Israël. La formule appelait une explicitation du canon biblique pour dire 1° qu’il y eut d’autres prophètes après Moyse ; 2° mais que la Bible ne se contredit pas parce que les prophètes venus après Moyse ne lui sont pas comparables. Cela fait écho à un poncif des prologues de l’exégèse biblico-pastorale parisienne qui établissent des hiérarchies relatives entre les prophètes, chacun étant supérieur aux autres, mais différemment. La version ‘cistercienne’, bien que plus ancienne que celle de Stu48, est probablement une vulgarisation du texte original qu’elle simplifie en omettant les principales étymologies. L’original pourrait remonter à Etienne Langton, mais cela reste à vérifier. Je l’édite avec les prologues généraux sur la Bible et j’y renvoie par un lien en son lieu dans la Glose ordinaire du Deutéronome.

[Martin Morard 25.10.2023]

 




Comment citer cette page ?
Martin Morard, Le prologue 'Bibliotheca interpretatur' et la bible pandecte des libraires de Paris (RB-9883) in : Sacra Pagina, IRHT-CNRS, 2024. Consultation du 24/05/2024. (Permalink : https://gloss-e.irht.cnrs.fr/php/page.php?id=191)