Le prologue du commentaire des Psaumes de la Glossa dominicana

page créée par Martin Morard, le 4.4.2022, dernière modification 20.1.2024 (version 3)

=> vers l'édition du prologue du commentaire David eximius de la Glose dominicaine sur les Psaumes

Le prologue de la Glose dominicaine sur les Psaumes, improprement considérée comme la version brève des postilles d’Hugues de St–Cher, n’a aucun point commun avec le prologue Egredimini filie Syon… du commentaire authentique d’Hugues de Saint-Cher[1]. Une comparaison avec les commentaires de Gilbert de Poitiers, de Pierre Lombard et la Glose ordinaire montre qu’il s’agit en fait d’un résumé du texte de la Glose de Pierre Lombard sur les Psaumes[2]. Les sondages effectués dans la suite de l’oeuvre conduisent aux mêmes conclusions. Les extraits de la Glose dominicaine des Psaumes 2, 21 et 26 édités ici à la suite du prologue confirment les observations faites au sujet du prologue général ; elles présentent les mêmes caractéristiques.

Les choix opérés pour composer le prologue révèlent deux insistances, l’une concernant le dynamisme des trois âges de la vie spirituelle symbolisés par les trois cinquantaines du Psautier, l’autre la nature de la prophétie propre à David. Ce dernier point est caractéristique de la problématique théologique des commentaires du prologue de Pierre Lombard à Paris au xiiie siècle. Ce prologue résume en fait l’essentiel de la doxa des écoles du Moyen Âge central concernant le Psautier:

Le psautier est prophétie par excellence, distincte par son mode de toutes les autres, dans la mesure où elle est considérée comme résultant d’une intervention directe du Saint Esprit, sans image intérieure, sans appui extérieur à l’esprit du prophète.

Le psautier décrit et accompagne les étapes de la vie spirituelle individuelle et de la destinée collective (Ancien et Nouveau Testament). Il conduit vers l’éternité, à travers le temps de chacun des membres et celui de l’Eglise, corps du Christ, en incitant à la reconformation du corps à sa Tête, le nouvel Adam. Son genre littéraire et sa structure (le nombre des Psaumes et leur agencement) sont interprétées dans cette double direction historique et morale, comme esquissant au plan de la lettre le mystère unique de l’insertion dans l’histoire du salut de chaque destinée personnelle. D’où l’insistance sur l’unité du psautier qui en est considérée comme le signe: unité d’inspiration (l’Esprit–Saint sans intermédiaire), d’auteur (David seul), de composition (un seul livre), d’organisation (un livre cohérent et unifié, non un conglomérat), de sens (contient toute la doctrine et toute l’histoire biblique), d’intention (conformer au Christ) et d’objet (le Christ total).

Par conséquent la portée doctrinale du psautier est envisagée sous l’aspect moral. La notion de théologie qui sous–tend ce texte est celle d’une sagesse pratique au service d’une économie divine plus que d’une doctrine centrée sur la contemplation de Dieu en lui–même. Les Psaumes enseignent comment agir pour aller au ciel en se faisant l’écho de l’histoire de la sainteté, reçue de Dieu et vécue par le corps de l’Eglise (économie du salut), plutôt qu’en rappelant à l’observance des impératifs moraux qu’elle présuppose.

Finalement, c’est encore le jeu du macrocosme historique et du microcosme psychologique, évoqué par Hugues au sujet de l’objet matériel du livre de la Genèse[1], qui se répète à propos de la recréation de l’homme dans le Christ qui est l’objet de la psalmodie chrétienne.

Les questions concernant l’auteur du psautier (David inspiré directement), sa dénomination, sa structure interne, son usage liturgique, son intention et sa matière reflètent également cette conviction d’ordre théologique et formel.

Edition :

M. Morard, La Harpe des clercs, Paris, 2008.

Manuscrits cités:

Mz145 f. 215va

P59 f. 284rb–va

P15564            f. 131ra–va: Paris, 1240 c. (pecia 1 usque ad f. 133vb)

Source :

PL Petrus Lombardus, In Ps, prol. (PL 191, 55–60).

/.../ signale les omissions par rapport au texte original de la Magna Glossatura

(lettres entre parenthèses) correspondent aux divisions de notre édition du prologue Cum omnes spiritus de la Magna Glossatura.

Les passages communs à la Postille brève et à la Postille Egredimini sont en caractères gras.



 

 

La double barre // signale les omissions du texte original de la Magna Glossatura

Les lettres entre parenthèses correspondent aux divisions de l'édition du prologue Cum omnes spiritus de la Magna Glossatura.


[1] Cf. v. g. Hugo de S. Caro, In Ps (Venetiis, 1600, t. 2, f.2ra-vb).

[2] Petr. Lomb., In Ps prol. (PL 191, 55 A-60 A).

[3] Prologus auctoris in Postillam super Genesim, t. I, [f. 1vb] «Materia [huius libri] duplex est, hystorica et mystica. Historica materia est maioris mundi, id est macrocosmi creatio materialis. Mystica vero materia est minoris mundi, id est, hominis plasmatio spiritualis»; cf. même thème chez Michel de Meaux, In Ps 80, dans S. Bonaventura, Op. omnia, t. 1/7, Lyon, 1668, p. 127b (fin de colonne)


Comment citer cette page ?
Martin Morard, Le prologue du commentaire des Psaumes de la Glossa dominicana in : Sacra Pagina, IRHT-CNRS, 2024. Consultation du 20/05/2024. (Permalink : https://gloss-e.irht.cnrs.fr/php/page.php?id=36)