GLOSSEM : mode d'emploi

page créée le 12.5.22, rédigée par : Martin Morard, mise à jour le : 9.8.2023 (version 4)

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On trouvera ici un commentaire des principaux champs du formulaire de recherche de la base GLOSSEM et quelques remarques utiles à son utilisation. Pour en savoir plus : Codicologie des bibles latines glosées

 

Codicologie matérielle des bibles avec commentaires 1

GLOSSEM et codicologie quantitative. 2

La Bible et ses modularités 2

Catégories socio-professionnelles 7

Datations 8

-- dates resserrées 10

-- date par siècle ou fraction de siècle 10

-- date élargie. 10

Ensembles reconstitués ou ‘set’ 11

Espaces (origine et provenance) : 12

Mise en page 15

Origine. 15

Partie (d’un livre biblique) 15

Provenance 15

Répertoires 15

Sigles 15

Unités textuelles 16

 

Codicologie matérielle des bibles avec commentaires [retour à la table des matières]

0. GLOSSEM est un instrument destiné à l’histoire des textes. GLOSSEM n’est pas un instrument destiné à l’analyse de la codicologie matérielle des bibles glosées. Les hyperliens associés aux cotes des manuscrits donnent accès aux notices codicologiques des manuscrits recensés, publiées dans les catalogues ou les sites internet des fonds de conservation. La base sélectionne à partir de l’observation directe et des descriptions codicologiques existantes, les seules données nécessaires à l’histoire de la réception conjointe du patrimoine biblique et patristique dans les manuscrits qui les associent par des mises en page ad hoc. Dans cette perspective, la typologie globale des mises en page rend compte, à sa manière, de la structuration des données textuelles en présence et des évolutions des rapports entre Bible et commentaire. Les données métrologiques issues de la description détaillée des schémas de réglure répondent à une autre finalité ; elles appellent le développement d’un instrument spécifique qui permettrait de reconstituer des ensembles de production et d’éclairer l’origine des exemplaires recensés. Les deux objectifs sont distincts et complémentaires.

GLOSSEM et codicologie quantitative. [retour à la table des matières]

1.       Le Repertorium biblicum de Friedrich Stegmüller, achevé en 1980, avait renoncé à recenser les témoins de la Glose ordinaire. GLOSSEM entend d’abord combler cette lacune. Mais la Glose ordinaire n’est qu’un jalon de l’histoire de la réception conjointe de la Bible et des héritages herméneutiques anciens. GLOSSEM propose de réunir les corpus référentiels majeurs de l’herméneutique biblique médiévale pour permettre, par la mise en série, de les étudier dans le continuum des bibles avec commentaires inauguré par Cassiodore. Enfin GLOSSEM voudrait aider à mettre en relation l’étude des textes et du contexte codicologique qui en conditionne la compréhension. GLOSSEM a été conçu pour permettre certaines analyses sérielles des paramètres codicologiques et textuels essentiels des bibles latines avec commentaires. GLOSSEM n’est ni un instrument de codicologie matérielle quantitative, ni même un outil d’analyse de schémas de réglure, mais bien un instrument qui cherche à saisir les relations des textes en présence entre eux et avec leur contexte humain. La base dépend des données recueillies dans les catalogues ou par l’observation directe, mais elle les sélectionne et les interprète pour retenir ce qu’elles ont de signifiants pour la problématique de la réception de la Bible et de ses interprétations. GLOSSEM est un instrument codicologique au service de l’intelligence du phénomène historique et religieux global dont témoigne l’association de la Bible et d’un matériau exégétique dans les mêmes manuscrits. Cela implique que les utilisateurs doivent être avertis d’une certains nombre de biais qui conditionnent inévitablement les résultats des recherches effectuées.

2.       a. Evolutivité des données. GLOSSEM est une base en extension et en cours de normalisation, de structure simple. Elle n’est donc pas immédiatement adaptée à des analyses quantitatives mais elle offre la possibilité de certaines analyses chiffrées. On veillera à définir précisément les échantillons analysés en tenant comte de l’évolution des données et de la liste des catalogues, fonds et bases systématiquement dépouillées, publiée sur le site et régulièrement tenue à jour (Pour en savoir plus : Corpus et commentaires inventoriés).          
b. Dédoublonnage. On veillera à ne pas confondre le nombre de livres biblique glosés répertoriés et le nombre de cotes de conservation inventoriés. Chaque livre biblique glosé repéré dans un manuscrit fait l’objet d’une entrée ; le nombre de lignes de la base est donc supérieur au nombre de cotes de conservation inventoriées. GLOSSEM n’offre pas d’outil de dédoublonnage.            
c. Dans GLOSSEM, chaque livre biblique a valeur d’une unité codicologique. Par conséquent, un manuscrit comprenant N livres bibliques a un coefficient multiplié par N. U
n manuscrit comprenant 10 livres bibliques de même origine ou provenance affecte à cette localisation un coefficient dix fois supérieur à un manuscrit ne contenant qu’un seul livre biblique. Il conviendra donc de comparer les données dédoublonnées (par suppression des unités attestées plus d’une fois dans le même manuscrit) avec les données brutes. Les données brutes ne sont pas pour autant biaisées : elles sont révélatrices d’une certaine intensité de l’intérêt donné à la Bible proportionnée au nombre de livres copiés. Ce principe vaut autant pour les bibles simples que les bibles avec commentaires. Toutefois, dans le cas des bibles avec commentaires, la nature et l’histoire du commentaire sont des paramètres supplémentaires à prendre en compte dans l’évaluation des données quantitatives brutes qui, comme chacun le sait, ne signifient rien par elles-mêmes : un coefficient élevé dû à la copie des postilles de Nicolas de Lyre, transmises par volumes importants comprenant plusieurs livres bibliques, chacun sine textu, n’a pas la même signification que le même coefficient dû à la copie d’exemplaires de la Glose ordinaire dont la diffusion est moins systématique, dont les volumes comprennent moins de livres par exemplaire conservés, dont la copie relève d’une décision qui n’est pas automatiquement entraînée par la copie d’un autre livre du même corpus, etc.   

La Bible et ses modularités [retour à la table des matières]

3.       Dans Sacra Pagina, le canon de la Bible latine médiévale compte 74 titres, 48 pour l’Ancien Testament et 26 pour le Nouveau Testament.
Ce nombre est sujet à de nombreuses variations théoriques, en fonction du statut reconnu à certains apocryphes, en fonction aussi de la façon dont on a pu associer ou distinguer certains livres (Esr.).    
Ce nombre est aussi sujet à de nombreuses variations accidentelles en raison de la perte ou de la dispersion de certaines unités codicologiques. Nous réunissons ces titres en 38 "groupes ou item bibliques" qui correspondent à autant d’unités d'usage historique de production, de diffusion et de collection). On évitera ainsi une partie des biais et des bruits qui résulteraient de la prise en compte du détail des groupes ainsi constitués. Les livres multiples (Rois, Paralipomènes, 1-2Esdras), le corpus paulinien, les épîtres catholiques ainsi que les Prophètes mineurs comptent donc chacun pour une unité. Le champ « partie »* de GLOSSEM indique le détail du contenu de chaque item. La prière de Manassé (OrMan.), dernière partie de 2Par., doublon de 3Rg. 8 et 2Par.6, les cantiques bibliques ajoutés à certains psautiers, le Ps 151, l’épître à Laodicée, les apocryphes d’Esdras ne font pas l’objet d’une entrée spécifique mais sont signalés dans le même champ « partie »*La diffusion irrégulière et 3Esr. et 4Esr. invite à les compter à part de 1-2Esr.

 

Item bibliques

parties et sous-divisions

Titres développés latins

 

VT

Vetus Testamentum

1.      Gn.

 

Genesis

2.      Ex.

 

Exodus

3.      Lv.

 

Leviticus

4.      Nm.

 

Numeri

5.      Dt.

 

Deuteronomium

6.      Ios.

 

Iosue

7.      Idc.

 

Iudicum liber

8.      Rt.

 

Ruth

9.      Rg.

(1-4) = 1-2Sm.+1-2Rg.

Regum seu Samuelis et Regum libri

10.   Par.

(1-2)

Paralipomenon (seu Chronicarum) libri

 

+ OrMan. = 1Par. 37

Oratio Manasse

11.   Esr.

(1-4) = 1Esr. + 2Esr. vel Neh.

+ 3Esr. + 4Esr.

Esdrae liber primus et secundus vel Nehemiae

12.   Tb.

 

Tobias

13.   Idt.

 

Iudith

14.   Est.

 

Esther

15.   Iob.

 

Iob

16.   Ps.

 

Psalmi seu Psalterium

 

CT-B(G)

Cantica ferialia officii (glossata)

 

CT-NT(G)

cantica ex Novo Testamento:
Benedictus, Magnificat, Nunc dimittis (glossata)

 

CT-VT(-G)

cantica ex Veteri Testamento (glossata)
ad laudes officii (ferialia+dominicalia : Benedicite)

 

CT-S(-G)

symbola fidei : Credo in Deum, (glossata)
Credo in unum Deum, Quicumque

 

CT-E(-G)

cantica ecclesiastica : Te Deum, Gloria in excelsis, Gloria Patri, (glossata)
Pater etc. post cantica officii addita

17.   Prv.

 

Proverbia seu Parabolae

18.   Qo.

= Ecl.

Ecclesiastes (seu Qohelet)

19.   Ct.

 

Canticum Canticorum

20.  Sap.

 

Sapientia

21.   Sir.

= Eccli.

Sirach (seu Ecclesiasticus)

22.  Is.

 

Isaias

23.  Ier.

 

Ieremias

24.  Lam.

 

Treni seu Lamentationes

25.  Bar.

 

Baruch

 

EpIer. = Bar. 6

Baruc, cap. 6

26.  Ez.

 

Ezechiel

27.  Dn.

 

Daniel

28.  12Proph.

 

Duodecim prophetae:

28.1

Os.

Osea

28.2  

Ioel.

Ioel

28.3

Am.

Amos

28.4

Abd.

Abdias

28.5

Ion.

Ionas propheta

28.6

Mi.

Micheas propheta

28.7

Na.

Nahum propheta

28.8

Hab.

Habacuc propheta

28.9

So.

Sophonias

28.10

Agg.

Aggaeus

28.11

Za.

Zacharias propheta

28.12

Mal.

Malachias propheta

29.  Mcc.

(1-2)

Machabaeorum, liber primus

 

Evang.

Evangelia : Mt. Mc. Lc. Io.

 

NT

Novum Testamentum

30.  Mt.

 

Matthaeum, Evangelium secundum

31.   Mc.

 

Marcum, Evangelium secundum

32.  Lc.

 

Lucam, Evangelium secundum

33.  Io.

 

Iohannem, Evangelium secundum

34.  Paul.

 

Corpus paulinum

34.1

 Rm.

Romanos, epistola ad

34.2

 1Cor.

Corinthios, prima epistola ad

34.3

 2Cor.

Corinthios, secunda epistola ad

34.4

 Gal.

Galatas, epistola ad

34.5

 Eph.

Ephesios, epistola ad

34.6  

 Phil.

Philippenses, epistola ad

34.7

 Col.

Colossenses, epistola ad

34.8

 1Th.

Thessalonicenses, prima epistola ad

34.9

 2Th.

Thessalonicenses, secunda epistola ad

34.10

 1Tim.

Timotheum, prima epistola ad

34.11

 2Tim.

Timotheum, secunda epistola ad

34.12

 Tit.

Titum, epistola ad

34.13

 Phlm.

Philemonem, epistola ad

34.14

 Hbr.

Hebraeos, epistola ad

34.15

 Laod.

apocrypha : Paulus apostolus (pseudo), epistola ad Laodicenses

35.  Act.

 

Actus Apostolorum

36.  Epcan.

 

Epistulae canonicae: Iac., 1-3 Io., 1-2 Pt., Iud.

36.1

Iac.

Iacobi, epistola

36.2

1Pt.

Petri, prima epistola

36.3 

2Pt.

Petri, secunda epistola

36.4 

1Io.

Iohannis, prima epistola

36.5 

2Io.

Iohannis, secunda epistola

36.6

3Io.

Iohannis tertia epistola

36.7

Iud.

Iudae epistola

37.  Apc.

 

Apocalypsis

 

12Lap.

In duodecim lapidibus allegoria

4.       L’ordre des livres est celui qui a été fixé à partir du 2e quart du 13e siècle par le commerce du livre parisien et adopté progressivement par la Littera communis jusqu’à la Vulgate Sixto-Clémentine non comprise. La question d’un ordre continu ne s’était pas posée vraiment tant que la bible latine, à l’instar de la Bible juive, circulait en plusieurs groupes de livres et que sa continuité était celle qu’imposait le cycle annuel des lectures liturgiques.

5.       Cet ordre ne n’est pas imposé d’un coup de façon uniforme.

6.      L’ordre parisien ne s’explique ni par un hypothétique « sens littéral », ni par l’ordre historique du contenu des livres de la Bible, ni par l’ordre chronologique présumé de leurs auteurs. Ni les langues d’origine, ni la notion d’authenticité, ni les classements par genre de la Bible juive (prophètes, écrits, etc.) ni la façon dont les Pères de l’école biblico-pastorale parisienne ont compris et organisé le canon biblique dans leurs commentaires bibliques ne permettent d’en rendre compte aisément. L’Historia scolastica de Pierre le Mangeur propose un ordre historique différent, partiellement concordant, qui a pourtant fait autorité et été commenté par les maîtres de l’Université de Paris jusqu’au milieu du 13e siècle.

7.       L’ordo parisiensis résulte de la combinaison artificielle, non explicitée, de plusieurs paramètres théologiques, pratiques et matériels (codicologie matérielle).

8.       Une source majeure se dégage nettement : le pseudo décret de Damase source supposée du pseudo décret dit de Gélase.

9.                  Les libraires de Paris l’ont modifié sur trois points :           
a. Suppression de la répartition des livres bibliques en « ordres » explicitement mentionnés, en l’occurrence ordo Veteris Testamenti, ordo prophetarum, ordo storiarum, ordo Novi Testamenti.       
b. Le Pentateuque, étendu à l’Octateuque et aux livres des Rois correspond à l’ordre de la Bible hébraïque exposé par le prologue galéatin de Jérôme (§ 1-2) suivi par l’Historia scolastica de Pierre le Mangeur qui associe explicitement les Chroniques aux livres des Rois : « Explicit historia librorum Regum, in quibus comprehenduntur etiam libri Paralipomenon » (PL 198, 1432B-C).Entre 1220 et 1236, le prologue postille d’Hugues de Saint-Cher sur 1Par. rend raison de la séquence Rg. – Par. - Esr. : « Liber iste post librum Regum ponitur, quia communicat cum eo in materia, et quia est supplementum illius. Que enim ibi minus dicuntur : hic aliquando supplentur. Sed cum liber Regum agat de utroque regno, id est Iuda, et Israel, in hoc libro tantum de regibus Iuda agitur. Preponitur autem Esdre, quia finis huius libri idem est cum principio Esdre » (H16.3656.2)            
Cette lecture historique conduit à la réorganisation des livres de l’ordo storiarum dont la séquence Iob. Tb. Esr. (libri 2) Est., Idt. 1-2Mcc. est transformée en          
Esr. Tb. Idt. Est. Iob. + 1-2Mcc.   
c. C’est donc l’évolution de Iob. Tb. Est. Idt. Mcc. en Tb. Idt. Est. Iob. et le renvoi de Mcc. à la suite des prophètes mineurs qui est vraiment originale.    
d. renvoi des Maccabées à la fin de l’Ancien Testament. Le renvoi de Mcc. après les prophètes mineurs correspond peut-être à un certain historicisme puisque la période couverte par les Macchabée correspond à la période la plus récente de l’histoire biblique. Elle permet aussi de mettre le Psautier au milieu exact de la Bible, conformément au statut prophétique supérieur que lui accorde la théologie médiévale[1].

10.   L’ordre parisien des livres du Nouveau Testament reprend purement et simplement celui de la lettre-préface Frater Ambrosius de Jérôme § 39-43. Il correspond à l’ordre byzantin : évangile, corpus paulinien, proxapostolos, c’est-à-dire ce qui suit l’Apôtre : les Actes, les épîtres catholiques et l’Apocalypse. Il concorde également avec le Décret dit de Damase, source supposée du Décret dit de Gélase[2].

11.   Enfin, l’intégration de certains textes a fait l’objet d’hésitations jusqu’à la Sixto Clémentine : l’Oraison de Manassé qui forme comme une annexe de 2Par., 3 et 4 Esdras, le Ps. 151 et l’épître à Laodicée. Ces cinq textes ont tous la particularité d’être des centons de versets d’autres livres bibliques et de se rattacher à certains livres authentiques comme des annexes ou des extensions. Mais il en va de même pour certains passages des Paralipomènes sans que leur intégration au canon ait été mise en cause, alors même que Pierre le Mangeur et Hugues y voient un apocrype.

Catégories socio-professionnelles [retour à la table des matières]

12.   Les catégories socio-professionnelles dont sont issus les possesseurs identifiés sont signalées par des sigles. Les données ainsi définies contribuent à l’analyse de la réception sociologique des corpus traités, ainsi que de sa dynamique historique. Les translations de possesseurs sont signalées par des chevrons qui indiquent l’ordre de succession patrimoniale ; le possesseur catégorisé à gauche du chevron fermant a possédé l’unité codicologique avant le possesseur catégorisé à droite. :        
Exemple : sec. > OSB > nobl. = le livre est passé d’un possesseur appartenant au clergé séculier (sec.) à une collection monastique bénédictine (OSB), puis à une collection nobiliaire.   

can.

= chanoines séculiers, chapitres collégiaux

cathedr.

= chapitres cathédraux

colleg.

= collèges, universités et institutions d’enseignement assimilables

fem.

= branche féminine d’une congrégation, à défaut, possesseure de sexe féminin

laic.

= possesseur non ecclésiastique, sans statut hiérarchique identifié

nobl.

= noblesse, princes, rois, empereurs

OCarm.

= Grands Carmes

OCart.

= chartreux

OCD

= Carmes déchaux (à partir de la fin du 13e s.)

OCist. (Feuil.)

Feuillants

OCist.

= cisterciens, feuillants, Val des Choux

OESA

= ermites de Saint-Augustin

OFM

= franciscains

OP

= dominicains

OSA

= chanoines réguliers suivant la règle de saint Augustin, à l’exception des ordres mendiants

OSB

= moines noirs, bénédictins

prel.

= prélats, abbés, évêques etc.

sec.

= clergé séculier

VDC

= Val des Choux ; cf. OCist.

Datations [retour à la table des matières]

13.   1. Rien n’est moins certain que la datation d’un manuscrit... non daté. Les manuscrits datés et les manuscrits datables à partir de données objectives sont statistiquement minoritaires. La datation de temps et de lieu est une des finalités du métier de l’historien. Elle est néanmoins le paramètre le plus subjectif et le plus fragile de nos analyses. Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer les variations des catalogues successifs de certains fonds. Les fourchettes larges sont, paradoxalement, plus utiles et moins trompeuses que des datations décennales ou semi-décennales qui ne reposent que sur des rapprochements stylisques confondus avec des particularités d’atelier, ou, pire, sur la simple mention d’oracles pythiques arrachés à plus expert que soi – oracles souvent biaisés par les biais cognitifs de l’hyper spécialisation de celui qui l’émet, par les limites de celui qui le relate, quand ce n’est par les conditions peu adéquates d’un repas bien arrosé ou d’une discussion nocturne entre deux portes à la fin d’un colloque. L’effet ‘’domino’’ de tels avis sur les conclusions de recherches ultérieures peut être détestable. On aura compris que je parle d’expérience…
2. Si l’histoire est une perpétuelle reconstruction, la datation est donc toujours une construction. Elle relève le plus souvent d’un jugement subjectif, fondé sur les compétences, l’expérience, l’observation, la formation du catalogueur, ses échanges avec une communauté scientifique plus ou moins large et plus ou moins mise à contribution. Chaque catalogue propose donc des datations dont la valeur relative est appuyée au pire sur les seuls manuscrits du fonds traité, au mieux sur une connaissance plus élargie. Les plus expérimenté(e)s et les plus anciens d’entre nous, confrontés de jour en jour à un nombre croissant de manuscrits accessibles en ligne, remettent en question les certitudes acquises à partir de l’observation des seuls manuscrits accessibles dans leurs jeunes années par l’observation directe ; la consultation de reproductions partielles est toujours piégée parce qu’elle ne permet pas l’approche codicologique globale sans laquelle il n’est pas possible d’appréhender le texte, l’iconographie, l’écriture ou l’architecture d’un manuscrit.
3. Le recensement de plusieurs milliers de manuscrits, tel que celui que nous entreprenons dans le cadre du projet Gloss-e et de la base GLOSSEM, oblige à compiler des données hétérogènes. La mise en série de datations importés de catalogues établis par des catalogueurs formés à des écoles différentes n’a donc qu’un valeur très relative. Ma plus grande satisfaction est de dater un manuscrit avant de me rendre compte qu’un(e) collègue plus compétente l’avait déjà daté de la même façon à quelques années près. Mais un tel accord ne témoigne à vrai dire que d’une convergence de méthode. Formés l’un par l’autre, se fréquentant à longueur d’années dans la même institution de recherche, ou issu de la même école, nous datons de la même façon le même objet pour les mêmes raisons : on a cherché les mêmes détails et ils ont été interprétés selon les mêmes critères. Rien ne prouve que nous ayons pour autant raison. Dès lors qu’elle s’écarte de données calendaires explicites ou associées au document analysé, la datation des manuscrits, comme la médecine, la datation des manuscrits est donc un art, plutôt qu’une science. Comme tous les arts, elle dépend d’habitus intellectuels, fruits de milliers d’observations sans cesses remises en question et imprimées dans la mémoire visuelle, analogues aux gammes du pianiste. Comme tout ce qui relève de l’expérience, ce type de datation ‘’impressionniste’’ est amené à évoluer avec le chercheur, qui, pour expert qu’il soit, affine ses critères au fil des observations.       
4. Outre la subjectivité de l’historien, la datation est tributaire de facteurs techniques. Pour des raisons de convenances statistiques, les bases de données électroniques normalisent les datations par siècles des catalogues dépouillés en les remplaçant arbitrairement par des millésimes convenus. Un manuscrit daté du début d’un siècle (« S init. ») peut tout aussi bien être de la fin du siècle précédent. Rien n’autorise à arrondir le millésime à 5, 10, ou 15 ans au-delà d’un première année de siècle qui n’est qu’une réalité calendaire artificielle, sans aucun fondement anthropologique, sans aucun lien avec la chronologie effective des pratiques techniques humaines. Rien autorise donc à transformer en millésimes précis ces datations indicatives, volontairement approximatives. Arrondir à 1201-1215 une datation « début du 13e siècle » fausse inévitablement les statistiques à un moment ou à un autre : daté du début du 13e siècle le manuscrit glisse vers la période 1200+1 à 1200+15 (=1201-125). De même, le second tiers exclut l’année 33 (12 2/3 = 1234-1266), etc. Il s’en suit que la constitution de corpus définis par les dates extrêmes de témoins ainsi biaisées, exclut arbitrairement des groupes pertinents importants, ou inclut inutilement des groupes trop nombreux.          
5.Comment s’affranchir de ces repères chronologiques sociétaux que sont les fractions de siècles ? En réfléchissant sur la finalité des datations et en renonçant au leurre des datations précises mais incertaines. Il est souvent plus utile à la dynamique de la recherche de reconnaître qu’on ne sait pas, plutôt que de donner l’impression que l’on sait ce qui n’est qu’incertain. Si l’avancée de l’aiguille des horloges rapproche tout vivant de sa fin au même rythme, tous ne vivent pas ce processus de la même manière. Tous les types de recherche ne nécessitent pas le même type de chronologie des témoins réunis. A l’exception des manuscrits datés stricto sensu et des manuscrits datables par fourchette datées non équivoques, les datations fines donnent l’apparence de la scientificité et de la certitude, alors qu’elles sont toujours relatives ; des paramètres négligés ou inconnus non pris en compte dans le raisonnement peuvent les infirmer. Mal interprétées, elles peuvent être contre-productives. Un manuscrit datable de 1215-1230 (datable) du point de vue de son décor secondaire appartient par son contenu ou son écriture à des périodes plus étendues ou différentes. L’utilisateur de bases de données euristiques telles que GLOSSEM doit donc pouvoir ‘jouer’ sur les marges des dates pour constituer les échantillons adaptés à la finalité de chaque recherche.   
6. A titre expérimental, GLOSSEM propose donc trois systèmes de datation. Chacune permettra à l’utilisateur de constituer des corpus sans avoir à retrier des centaines de résultats. Chacune permettra à sa façon d’éviter partiellement les biais imposés par les datations et les normalisations en usage dans les bases de données contraintes par la dictature de séries numériques incompatibles avec la variabilité du phénomène humain
. Nos datations tentent de surseoir à l’hétérogénéité des catalogues en tenant compte de la qualité critique et de la valeur relative des datations des catalogues. Nous signalons l’origine des datations retenues, nous les corrigeons au besoin à partir de l’examen des images disponibles en ligne ou dans les catalogues sur papier. Cet effort de datation globale n’échappe pas à notre subjectivité. D’où le soin que nous prenons à en avertir le lecteur. Il n’engage que nous. Il ne peut permettre qu’une datation relative des manuscrits qui sera inévitablement amenée à évoluer au fil de l’expérience et des retours que nous feront les utilisateurs.

-- dates resserrées [retour à la table des matières]

14.   Fourchette de datation la plus précise, établie sur la base de l’expérience ou de l’argumentation la plus autorisée (par exemple fichier « François Avril » de la BnF) ; la responsabilité scientifique de la datation est signalée dans le champ Note.
Avertissement :
Les dates resserrées sont celles qui reproduisent au plus près les informations de la littérature scientifique consultée. Mais leur mise en série est de ce fait biaisée puisque des catalogues anciens dont les manuscrits sont datés en fonction de critrères obsolètes, y cotoient les datations très informées de catalogues plus récents concernant d’autres fonds. La « date resserrée » est donc utile à l’analyse des manuscrits isolés ou des manuscrits traités par une même source, mais elle est problématique lorsqu’il s’agit de mettre en série des données établies sur la base de critères équivoques. Il vaudra mieux dans ce cas recourrir aux datations par siècles ou aux datations élargies.

-- date par siècle ou fraction de siècle [retour à la table des matières]

15.   Datation normalisée, retenue par GLOSSEM, en fonction des informations catalographiques et visuelles disponibles. Les datations au milieu du siècle sont toujours traduites par le second tiers du siècle. Cet arrondissement à la fraction de siècle la plus proche de la date resserrée permet des analyses sérielles moins hasardeuses.

-- date élargie [retour à la table des matières]

16.   En cas de divergence entre les données publiées (plusieurs datations possibles proposées par plusieurs catalogues), ou en cas de datation approximative suggérées par les catalogues (« circa », « ? », « milieu » etc.) la date élargie propose une fourchette chronologique large, incluant, en principe, la date la plus haute et la date la plus basse relevée dans les sources catalographiques examinées. On voudrait ainsi éviter en partie les biais issus de formulations qui conduisent à des datations différentes en apparence alors que la période concernée réelle est, à peu de choses près, identique. Cette élargissement des datations est appliqué par plusieurs catalogues en ligne (par. ex. Windsor, Eton College qui élargit les datations proposées par Ker, Medieval manuscripts in British libraries, au demi-siècle environnant : « XIII med. » devient « 1225-1275 »)

Exemples :    

catalogue

= GLOSSEM=>

siècle

date élargie

date resserrée

 fin du 12e s.               

= GLOSSEM=>

 12 (4/4)           

 1180-1210

 1180-1200     

 vers 1200                  

= GLOSSEM=>

 12/13            

 1180-1220

 1190-1210     

 début du 13e s.                       

= GLOSSEM=>

 13 (1/4)            

 1190-1220

 1200-1220     

 vers 1220-1230

= GLOSSEM=>

 13 (1/3)            

 1200-1250

 1220-1230     

 vers 1235-1250

= GLOSSEM=>

 13 (2/4)            

 1233-1266

 1235-1250     

 milieu du 13e s. ou 1250 c.

= GLOSSEM=>

 13 (2/3)            

 1233-1266

 1240-1260     

 3e quart du 13e s.

= GLOSSEM=>

 13 (3/4)            

 1250-1275

 1250-1275     

 2e moitié du 13e s.

= GLOSSEM=>

 13 (2/3)            

 1250-1300

 1250-1300     

1277 (ms. daté)

= GLOSSEM=>

 13 (4/4)           

 1275-1300

 1277-1277 (date de jour éventuelle en note)

 13e siècle                               

= GLOSSEM=>

 13 (1/1)            

 1200-1300

 1200-1300     

Ensembles reconstitués ou ‘set’ [retour à la table des matières]

17.   Dans GLOSSEM, un même numéro de 'set' est attribué aux livres bibliques identifiés comme appartenant à un même ensemble glosé (set-XXXX). Les sets identifiés à ce jour sont considérés par défaut comme des ensembles réunis par au moins un possesseur.    
Par set ou ensemble on entend une collection d’unités codicologiques dissociées (reliures actuelles ou anciennes distinctes, etc.) dont la série forme un ensemble textuel homogène et non redondant (absence théorique de doublon).       
Un set biblique – glosé ou non, complet ou partiel - réunit donc au moins deux volumes dont le contenu appartient à la série des livres du canon biblique, de la Genèse à l’Apocalypse. Les critères qui justifient la réunion d’unités codicologiques en un même « set » peut être de trois ordres :            
1° les « sets de collection » (set-00000C) sont des ensembles reconstitués à partir de marques de possessions (cotes, ex-libris, inventaires anciens, etc.).     
2° les « sets de production » (set-00000CP) sont des sous-ensembles des sets de collections distingués par des caractéristiques codicologiques communes (système graphique, et/ou codicologie matérielle et/ou décor. 
2° les « sets modernes» (set-00000M) sont des ensembles non représentatifs des usages anciens de réception de la Bible glosée, reconstitués tardivement, par exemple lorsque des bibliothécaires ont réunit sur les même rayons des livres bibliques glosés issus de fonds anciens différents, spoliés ou acquis (collectionneurs modernes, bibliothèques publiques issues de saisies révolutionnaires, etc.). La présence de livres glosés organisés en série canonique et cotés comme tels dans les fonds modernes n’implique pas nécessairement que ces unités aient fait partie d’un même ensemble dans les collections anciennes dont elles sont issues. Des réunifications factices de volumes issus de collections préexistantes sont attestées à toutes les époques.
Nota bene 1 : La catégorie des sets ‘modernes’ sert à écarter les séries qui ne sont a priori pas représentatives des pratiques médiévales étudiées, tout en les signalant à l’attention en vue d’un examen plus approfondi. Par défaut, un set glosé dans une bibliothèque municipale française doit être considéré comme un ensemble factice moderne. Mais il est susceptible d’être requalifié et distingué ultérieurement en un ou plusieurs sets de collection et/ou de production différents. Trop de détails importants ont échappé au catalogage sommaire dont il faut encore souvent se contenter.  
Nota bene 2 : Certains ensembles sont simplement homogènes (unité d’origine et de provenance) : on parle alors d’ensembles parfaits (A) ; d’autres sont issus de séries de production et de collections différentes, avant d’être réunis par un possesseur secondaire : ce sont d’ensembles hétéroclites (B) ; d’autres ont en commun l’origine, mais non la première provenance (exemple : set-400) : ce sont des ensembles ‘reconstitués’ (C) ; enfin certains ont en commun la provenance mais sont issus de séries de production différentes : ce sont des ensembles ‘hétérogènes ’ (C).   
Exemple : L’exemple semi-fictif suivant aidera a comprendre les enjeux de l’histoire des collections de manuscrits glosés que GLOSSEM pourrait aider à construire. Les quelques manuscrits de la Glose ordinaire actuellement conservés au Mont-Cassin sont issus de plusieurs séries de production, toutes incomplètes. Une fois écartés les manuscrits du 13e siècle de la Glose ordinaire universitaire, reste parmi les manuscrits de la Glose ordinaire de Laon plusieurs manuscrits susceptibles de former au moins deux sets reconstitué incomplets issus d’autant d’unités de production identifiables (style graphique, encre, typologie fine de mise en page, etc.). De par leur appartenance à la collection cassinite depuis la fin du 17e siècle au plus tard, ces micro sets de production (set-002P, set-003P) sont aussi des ensembles de l’unique collection cassinite moderne (set-001M), elle-même réunissant des parties de bibles glosées issues de collections anciennes dispersées (par exemple les bibles glosées provenant de Subiaco ou d’autres monastères). Par conséquent l’ensemble des manuscrits glosés conservés au Mont-Cassin se subdivisent en quelques sous-ensemble formés par des vestiges de set originaux partiellement recomet-001M (est constitué du set-002PC (quelques livres glosés homogènes codicologiquement et précédemment possédés par Subiaco) + set-003PC (quelques autres livres glosés hétérogènes avec marque de possession de la congrégation de Ste-Justine de Padoue).           

Espaces (origine et provenance)

18.  L’histoire de la réception du Texte biblique en ses traditions nécessite de situer les bibles avec commentaires au sein d’espaces humains ou culturels qui dépassent les cloisonnements de la géographique physique et surtout politique. Les groupes humains qui reçoivent la Bible latine et la diffusent sont définis par leur histoire, leur environnement, leurs langues véhiculaires, la dynamique des centres intellectuels et religieux : monastères, centres épiscopaux, écoles. Les livres ne sont pas des objets statiques, mais les véhicules dynamiques d’échanges et des catalyseurs d’identités sociales.

19.  La codicologie a l’habitude de distinguer l’origine et la provenance des manuscrits. L’origine désigne un lieu, point de départ de la diffusion de chaque état particulier du texte qu’est l’exemplaire manuscrit. La provenance identifie le milieu ou terrain humain, ensemencé par la lecture du texte copié.

20.  Le milieu de la réception intellectuelle n’est pas le simple équivalent d’une catégorie socio-professionnelle ou à l’identité d’une personne morale ou physique. Le lieu de la copie ne se réduit à des coordonnées GPS. L’un et l’autre ont une triple composante sociologique, culturelle et géographique ; ils sont indissociables d’un enracinement physique, d’une histoire locale, d’un environnement humain et de traditions techniques, intellectuelles, religieuses.

21.  L’origine géographique des manuscrits (lieux de copie) annoncée par les catalogues est rarement argumentée. Tantôt, on se contente d’un champ large qui prend le nom de frontières géographiques modernes anachroniques, tantôt on concentre la production, par défaut, sur des centres comme Paris, faute d’information plus précise. Mais il arrive aussi qu’on assigne à des manuscrits des dates de lieux et de temps qui impressionnent par leur assurance et leur précision, au point de conduire à dater d’autres documents par comparaison. L’excès de précision nuit à l’histoire quand il réduit trop drastiquement le champ des possibles[3].

22.  Pour ramener la diversité à des échantillons pertinents qui fassent ressortir des lignes de force statistiques, il a donc paru utile de réunir les informations disponibles de dates et de lieux au sein de catégories plus générales.

23.  Si le principe est simple, son application l’est beaucoup moins. On observe cependant que l’objet historique en construction - la réception de la Bible en ses traditions par le moyen d’un support codicologique commun - répond à la notion ethnologique de complexe culturel, soit un ensemble "d’éléments associés dont la diffusion montre qu’ils forment un tout qui se déplace d’une société à une autre".

24.  Les frontières anciennes ont évolué alors que les pratiques relatives aux bibles avec commentaire ont perduré sous certains aspects et évolué sous d’autres. L’étendue diachronique et la dispersion spatiale des corpus (de la Palestine à la Baltique) oblige 1° à inscrire la production et la lecture des bibles avec commentaire dans des ensembles irréductibles aux cadres institutionnels et politiques ; 2° à renvoyer à des dénominations géographiques connues, 3° à  éviter les équivoques.

25.  Dans ce but, les champs de GLOSSEM intitulés « espaces» élargissent les concepts de lieux et de milieux à celui d’aire culturelle développé par l’anthropologie, l’ethnologie et la géographie humaine[4]. L’aire culturelle désigne l’enracinement spatial d’un complexe sans l’enclore dans des frontières géographiques étroites mais en incluant des zones de rayonnement irrégulières et en admettant des chevauchements et des discontinuités spatiales[5].

26.  La notion est rarement associée à la codicologie stricto sensu et pose des questions aussi stimulantes que redoutables.

27.  Dans une perspective braudelienne, l’analyse des données brutes de la documentation invite à reconsidérer sans cesse les cloisonnements spatio-temporels construits par l’historiographie, à les ajuster à la réalité des données recueillies et des objets historiographiques considérés. Les frontières des périodes et des espaces ne sont jamais ni fixes ni univoques ; elles se chevauchent, évoluent et interagissent selon des temporalités, sur des étendues et avec des amplitudes définies par la spécificité de chaque objet historique ; la géographie ou spatio-temporalité des événements politiques n’est pas celle des climats, des économies, des cultures, des usages, des croyances et de leurs vecteurs textuels. La prise en compte de cette complexité se heurte aujourd’hui violemment aux systèmes numériques de classement. Le défi des humanités numériques est de mettre l’esprit de géométrie au service de l’esprit de finesse. L’ordinateur doit être un levier ; il est en passe de devenir un lit de Procuste. Cela se vérifie en codicologie aussi tant à propos de la datation des manuscrits que de la définition des aires culturelles auxquelles il se rattache.

28.  Par « espaces », nous entendons donc ici des territoires de géographie humaine définis moins par des frontières politiques ou ecclésiastiques - rigides mais en constantes évolutions - que par un contexte global, à la fois géophysique, sociologique, linguistique, religieux et culturel. Bien que nous privilégions les données les plus récentes et les plus critiques, GLOSSEM dépend par la force des choses de sources encore très hétérogènes, extraites de catalogues et de l’observation directe. C’est dire si nos regroupements géographiques sont encore approximatifs et susceptibles d’ajustements, notamment en ce qui concerne les espaces de transition entre le quart nord-ouest de la France et le sud de l’Angleterre (espace anglo-normand), le nord-est de l’Italie et l’Autriche, l’Europe orientale et l’espace germanique, la frontière pyrénéenne. L’identification stylistique (paléographique et iconographique) de l’origine des manuscrits produits dans ces régions est difficile parce qu’elle repose sur des appréciations et des critères qui varient en fonction des catalogues et des historiens.

29.  Les aires culturelles de provenance correspondent, elles aussi, à des données relatives : les possesseurs identifiés n’attestent souvent que des états secondaires de l’histoire des manuscrits. Les premiers possesseurs sont moins souvent identifiés que les possesseurs plus récents. Les manuscrits changent de mains. On souhaiterait aussi savoir dans quelle mesure ils ont changé de zone d’influence active. GLOSSEM permet de renseigner plusieurs valeurs à l’intérieur du champs « espace de provenance ».

30.  Les bibles avec commentaires recensées évoluent au sein de huit espaces culturels principaux, associées à des groupes de traditions ethnolinguistiques. Pour chacun d’entre-eux, des sous-espaces seront précisés en fonction des informations recueillies.

 

 

1)      Espace insulaire : Îles britanniques, principalement Angleterre et Irlande.

a)       sous-espace anglo-normand : par défaut les manuscrits dont les catalogueurs indiquent une origine indéterminée « France ou Angleterre » ou une formule équivalente.

2)       Espace flamand : réunion des Pays-Bas bourguignons et Pays Bas espagnol équivalent aux 17 Provinces historiques de la fin du Moyen Âge [6] soit la pointe septentrionnale de l’ancienne lotharingie[7].

3)      Espace germanique : Suisse alémanique, Allemage, Autriche, Italie Nord:Est (Sud-Tyrol).

4)      Espace français  langue d’oïl

5)      Espace méridional :

a)       franco-provençal (apparemment sans incidence codicologique)

b)      occitanie 

c)       catalan (Catalogne et Roussillon, arc côtier de Tarragone à Narbonne), partiellement imbriqué dans l’Occitanie (Toulouse)[8]

6)      Espace ibérique : Portugal, Espagne, Pyrénnées

7)      Espace latin : sous-divisé en

a)      - espace latin septentrional = arc alpin méridional, Italie continentale

i)       sous espace : Vénétie

b)      - espace latin central = Italie Centre, de Rome à Bologne (Toscane, Etats pontificaux), ainsi que les deux rives de l’Adriatique et la côte dalmate, à l’exception du Mont-Cassin qui culturellement relève de l’Italie méridionale

c)      - espace latin méridional = Mont-Cassin et Royaume de Sicile

8)       Europe orientale : Europe septentrionale et orientale, de la Baltique à la mer Egée : Pologne, Hongrie, Tchékie et Pays baltes. Ici encore, on devrait distinguer le pourtour de la mer Baltique et l’Europe de l’Est.

a)       L’aire d’influence des chevaliers teutonique relève de l’espace germanique.

31.   Plus les données de GLOSSEM seront précises, complètes et nuancées par les réactions de la communauté scientifique, plus l’accès direct à la reproduction des manuscrits permettra de les homogénéiser, mieux la diffusion historique de la Bible glosée au sein de l’Occident médiéval pourra être comprise. C’est toute l’ambition de la base GLOSSEM et de son formulaire de recherche.


 

Mise en page [retour à la table des matières]

32.   Ce champ propose des descriptions minimalistes et systhétiques, fondées sur une typologie originale développée spécialement pour l’étude des bibles glosées. Pour en savoir plus : Codicologie des bibles latines glosées   

Origine[retour à la table des matières]

33.    Paramètre identifiant le lieu, le temps et les personnes qui ont contribué à la production matérielle du manuscrit (conception, copie, décoration).         

Partie (d’un livre biblique) [retour à la table des matières]

34.   Champ associé à « bible » précisant le contenu du livre biblique et la présence de certains textes associés comme les cantiques bibliques de l’office, la prière de Manassé, etc. Lorsque le livre répertorié est imcomplet, ce champ indique les références bibliques du début et de la fin du texte biblique contenu. La flèche « => » après ou avant une référence biblique indique que le texte est complet à partir cette référence ou jusqu’à celle-ci. Exemple : « => Ex. 12, 1 » = l’Exode s’interrompt à Ex. 12 :1. ; « Ex. 12 :1 => » l’Exode commence au chapitre 12 et se poursuit jusqu’à la fin.

Provenance [retour à la table des matières]

35.   Paramètre incluant tous les éléments qui expliquent l’histoire d’un manuscrit, depuis la fin de sa fabrication jusqu’à sa localisation présente. Ce sont en particulier les possesseurs anciens (personnes morales et physiques) et les collections anciennes qui permettent de cerner le contexte sociologique de réception de la Bible glosée. Les chevrons indiquent l'ordre de transmission ascendant ou descendant des translations de propriété ou d'usageprincipalement l’identité des possesseurs (personne physiques et / morales) et des collections auxquelles le manuscrit a appartenu, ainsi que les dates et les lieux afférents.

Répertoires [retour à la table des matières]

36.   XXX : le texte et le manuscrit sont signalés dans le répertoire           
(XXX) : le texte correspond exactement à celui que décrit le répertoire, mais le manuscrit n’est pas signalé dans le répertoire.      
Cf. (XXX) : le texte correspond avec des variations avec celui que décrit le répertoire, mais le manuscrit n’est pas signalé dans le répertoire.       
CST- = Codices sancti Thomae,
          
RB-00000 : texte du RB, manuscrit signalé par Stegmüller ;   
RB-0000S = Supplément au Repertorium biblicum.

Sigles [retour à la table des matières]

37.   Les sigles sont propres aux éditions de Gloss-e. Ils sont constitués en principe d’une combinaison univoque de lettres (lieu de conservation) et de chiffres (en principe élément numérique de la cote du manuscrit), avec des exceptions pour certains fonds particuliers. Ces sigles sont repris dans les apparats des éditions électroniques de la Sacra Pagina (Gloss-e). Ils permettent 1°depuis GLOSSEM d'identifier la cote des manuscrits auxquels renvoient les sigles utilisés dans les apparats de Gloss-e; 2° depuis GLOSS-E : de chercher tous les passages d'un ms. collationné dans les corpus édités (recherche simple ou recherche avancée: apparat du texte). Les sigles des manuscrits affichés au terme d’une recherche multi-critères permettent de repérer les sentences des manuscrits concernés attestées en fonction des provenances, des lieux de production et/ou des dates des manuscrits collationnés.     

Unités textuelles [retour à la table des matières]

38.   Tout élément de texte susceptible d’être identifié comme distinct par des éléments codicologiques dont la nature et la hiérarchie peuvent différer d’un manuscrit à l’autre : titres, rubriques, titres-courants, pieds-de-mouche, éléments de décors, capitulations, divisions alphanétiques, numérotations, etc. On distingue par conséquent des unités textuelles principales et secondaires, organisées selon une hiérarchie plus ou moins élaborée : oeuvre, livres, chapitres, paragraphes, lemmes attributifs, sentences, manchettes (ou notes marginales), scholies, etc.



[1] Les relevés codicologique de Chiara Ruzzier confirment cette observation que nous avions faites également dans notre thèse La Harpe des clercs, 2008,

[2] Éd. Turner, Journal of Theological Studies, 1 (1900), 556-559, 560

[3] Sur toute cette question, je renvoie aux remarques très pertinentes de Chiara Ruzzier, La production des bibles portatives, 2022, p. 21 à 39 sur les problèmes posés au recensement par les catalogages à disposition. Ce qu’elle décrit à propos des bibles simples s’applique a fortiori aux bibles avec commentaires.

[4] Cf. H. Carrier, « Aire culturelle » in : Lexique de la culture pour l'analyse culturelle et l'inculturation, Tournai-Louvain-la-Neuve, 1997, trad. ital. « Aera culturale » in : Dizionario della cultura per l'analisi culturale e l'inculturazione, Città del Vaticano, 1997 [version en ligne] et surtout Paul Mercier, « Anthropologie sociale et culturelle », in Jean Poirier, dir., Ethnologie générale, Paris, 1968, p. 912-914.

[5] Je m’écarte ici à dessein de l’image de cercle culturel. Par définition, le cercle suppose une circonférence équidistante d’un centre et donc un rayon constant  sur 360 degrés. Ces régularités sont incompatibles avec les phénomènes culturels médiévaux, même codicologiques.

[6] Les « Dix-Sept Provinces » sont les seigneuries ayant constitué, à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance, les Pays-Bas bourguignons puis les Pays-Bas espagnols, territoires correspondant aujourd'hui à la majeure partie de la Belgique, des Pays-Bas, du Luxembourg et du Nord de la France (l'ancienne région Nord-Pas-de-Calais).

[7] Cf. Isabelle Guyot-Bachy, « Quand et comment l'espace flamand s'est-il imposé aux chroniqueurs du royaume de France (XIe-XIVe siècle) ? ». In: Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, 37ᵉ congrès, Mulhouse, 2006. Construction de l'espace au Moyen Age : pratiques et représentations, p. 131-145. www.persee.fr/doc/shmes_1261-9078_2007_act_37_1_1918

 

[8] Cf. Bernardo D.-J. Langue, société et espace en Catalogne du Nord. In: Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, tome 48, fascicule 2, 1977. Barcelone et la Catalogne. pp. 153-170.


Comment citer cette page ?
Martin Morard, GLOSSEM : mode d'emploi in : Sacra Pagina, IRHT-CNRS, 2024. Consultation du 24/05/2024. (Permalink : https://gloss-e.irht.cnrs.fr/php/page.php?id=77)